Tarô Yamamoto : activiste anti-nucléaire et héros des temps modernes

Héros des temps modernes, au cinéma comme dans la vie
Peut-être l’avez-vous reconnu?
Yamamoto Tarô est un acteur de cinéma et une star de la télévision japonaise. Il a joué notamment dans Moon Child de Takahisa Zeze, ou Battle Royale de Kinji Fukasaku.
Dans les films, il a souvent joué des rôles de héros. Le plus étonnant est de constater que dans la vraie vie, il agit avec autant d’héroïsme pour venir en aide aux victimes du Tôhoku : il participe aux manifestations anti-nucléaires, il organise des débats citoyens, fait des conférences sur la vie après Fukushima, de la sensibilisation concernant les dangers des radiations, de la collecte de fonds pour les victimes, se rend sur place dans les localités en difficultés pour recueillir les témoignages mais aussi amène du réconfort aux populations en détresse…
C’est à la suite de l’explosion qui a eu lieu à la centrale de Fukushima Daiichi le 13 mars dernier, que Tarô Yamamoto devient un anti-nucléaire convaincu. Depuis, il se bat pour faire cesser le nucléaire au Japon.
Tarô Yamamoto, porte parole des victimes du nucléaire
Après mars 2011, l’artiste a montré sa volonté d’agir de toutes les façons possibles pour faire évoluer les mentalités et trouver des solutions dans ce Japon post-Fukushima.
« Sauver des vies et l’avenir du Japon est devenu ma priorité. »
Il se tourne alors vers les victimes afin de les soutenir, leur montrer qu’ils n’ont pas été abandonné. Il veut user de sa notoriété pour faire avancer les choses :
obtenir l’évacuation et l’indemnisation des personnes habitants en zones hautement contaminées à Fukushima.
Car ceux-ci sont obligés de se battre pour obtenir gain de cause sur une décision qui pourtant parait légitime :
en effet, les personnes vivants hors de la zone officielle des 20-30 km n’ont pour le moment jamais eu aucune aide de l’état ni de Tepco, même s’ils parviennent à prouver qu’ils vivent sur des territoires contaminés et dangereux pour leur santé.
L’état japonais n’a pas daigné les prendre en charge. Pire encore, ils sont entrain d’abolir le périmètre de sécurité des 20-30 km afin d’encourager les populations à y vivre.
Actuellement de nombreux japonais sont totalement laissés pour compte. Tarô Yamamoto, ne supportant pas l’idée que même les plus vulnérables et les plus innocents d’entre eux puissent se faire irradier par laxisme, se décide de faire de la protection des enfants, un de ses combats majeurs.

Une loyauté qui ouvre les yeux à de nombreux japonais
L’année dernière il a décidé de démissionner, de cesser de dépendre de son agent de production, craignant de devenir un poids pour lui, ou qu’il finisse par avoir des ennuis à cause de son activisme anti-nucléaire.
Il se confie sur ses difficultés : « Depuis que je manifeste en tant qu’anti-nucléaire, je ne suis étrangement plus invité aussi souvent sur les plateaux de TV et on me ferme de plus en plus de portes…«
Depuis, il déclare « ne plus gagner qu’1/10 ème de ses ressources d’antan » mais « ce sacrifice », il le fait, dit-il pour aider les gens de son pays.

« Je veux vivre »
Transcription de la partie de Yamamoto Tarô dans la vidéo de la manifestation anti-nucléaire à Gorleben en Allemagne (cliquer sur CC pour lire les sous-titres) :
« Bonjour je suis Yamamoto Tarô, et je suis acteur. Pourquoi je me suis engagé dans le mouvement anti-nucléaire ? C’est parce que je veux vivre. C’est tout simplement parce que je veux survivre. Pas survivre seul, mais avec les autres. Il ne s’agit que de ça.
Actuellement les médias japonais sont des coquilles vides. Car les chaînes sont sponsorisées par l’industrie nucléaire. C’est la raison pour laquelle trop de gens ne sont pas au courant de ce qu’il se passe réellement. Et cela a comme conséquence, la difficulté de mettre en place un réel mouvement citoyen.
Si les citoyens japonais n’agissent pas, nous ne pourrons pas nous échapper de cette situation et nous ne pourrons pas sortir du nucléaire, comme les allemands l’ont fait. Je pense qu’il est important d’avancer en ayant cette sortie du nucléaire comme objectif, et de nous unir, en ralliant tous les mouvements sociaux allant en ce sens. »
Le mouvement anti-nucléaire au Japon
Tanscription en français du témoignage de Tarô Yamamoto depuis son interview par la Shingetsu News Agency.
La première prise de conscience au sujet du nucléaire
« La première fois que j’ai eu cette angoisse, face au nucléaire c’était à cause de Tchernobyl. J’étais encore tout petit à l’époque, je devais être en classe de CM1. Depuis le temps a passé, et c’est en encourageant Greenpeace, il y a à peu près 8 ans, que je me suis rendu compte des risques encourus par l’industrie nucléaire. »
Le liens entre manifestants anti-nucléaires au Japon
« Les japonais aiment par exemple, chez les acteurs ou actrices, des personnalités qui cultivent la transparence. Par exemple, parler de politique, ou de sport ou de religion c’est en quelque sorte un peu tabou au Japon.
Ceux qui font la promotion du nucléaire sont souvent des membres de cette filière : cela peut aller du simple employé d’une société de fournisseur d’électricité, au responsables de construction des centrales : ils font tous parti d’une même filière.
Mais ceux qui sont contre le nucléaire, viennent de tous bords : il y a des pères et des mères de familles, des retraités, des enfants et des adultes : il y a des personnalités vraiment variées.
Nous ne sommes pas, au sein du mouvement anti-nucléaire comme ces personnes appartenant aux organisations, qui n’agissent que pour obéir aux ordres de la hiérarchie. C’est en réalité un rassemblement de gens qui pour la plupart se voient pour la première fois. On ne sait pas vraiment qui ils sont en réalité. Mais ce que je sais, c’est que nous avons au fond de nous une seule et même volonté.
Je pense en réalité que c’est le peuple qui devrait avoir le plus de pouvoir. Parce qu’il a la possibilité de décider. Mais actuellement, cette tendance est inversée : parce que certains tentent d’acheter des voix avec de l’argent…alors tout est sens dessus dessous…
Si un jour il nous arrivait d’être vraiment dans une situation critique, au point que les voix du peuple, des citoyens en venaient à ne sont plus du tout être écoutée, si on en arrivait à des extrêmes, celui de ne plus avoir d’autres choix que d’agir par la violence…alors je me dis que ça devra être la dernière solution à mettre en place pour nous défendre. Mais je n’aimerais pas avoir recours à la violence, je n’ai pas envie d’en arriver là… »
La manifestation anti-nucléaire à la centrale de Genkai
« Ce jour là, c’était un lundi, et comme la manifestation a commencé à 10 heures du matin, on pensait qu’il n’y aurait pas beaucoup de monde.
Je sais que ce n’est pas en faisant des manifestations que l’on va pouvoir changer les mentalités. Car en réalité, pourquoi on manifeste? Prendre part à une manifestation actuellement au Japon, permet à tous ceux qui s’y retrouvent de se lier physiquement, mais aussi émotionnellement entre eux. Parce que d’habitude, nous sommes tous séparé, agissant seuls chacun de notre côté…et donc s’unir, d’abord par la conscience nous permet de mieux transmettre notre message.
La centrale de Genkai est actuellement le lieu autour duquel nous devons plus que jamais nous battre. Si j’y suis allé, c’était surtout pour soutenir moralement les gens sur place.
Biensûr, certains médias qui nous ont couvert : il y a ceux qui ont aussi observé notre mouvement, à moitié avec amusement, comme s’il ne faisaient pas réellement leur travail pour informer, il a eu je pense aussi, ceux qui ont observé de loin, un peu hagard, sans prendre part à la manifestation…il y avait sûrement aussi ceux qui avaient l’air de faire leur travail avec un profond ennui, en couvrant l’évènement de façon très approximative…voilà pour ce qui concerne le contenu.
Notre but, c’était de pouvoir rencontrer avant toute chose, le gouverneur, afin que celui ci puisse écouter ce que nous avions à lui dire, nos impressions, nos revendications. Nous voulions transmettre notre pétition, la lui donner en mains propres, ces documents qui expriment nos sentiments sur la situation.
En tête de manifestation, il y avait un groupe de personnes et ceux-ci ont voulu pénétrer dans le bâtiment. Les employés, les gardes ont ouvert les portes et donc les manifestants se sont engouffrés à l’intérieur.
Et c’est à ce moment là je me suis dis que ce n’était peut-être pas une bonne chose. Car les gens étaient psychologiquement très remontés. Je ne voulais pas qu’il y ai quelconques incidents, ou une escalade de violence, qu’il y ai une polémique sur le fait que ces gens là avaient le droit d’entrer ou non au sein du bâtiment…et je me suis dis alors que j’étais certainement la seule personne capable de les calmer s’ils s’échauffaient de trop, j’avais confiance en ma capacité de les stopper, et donc, j’ai fini par les accompagner moi aussi à l’intérieur.
Au bout de notre avancée, il y avait une barricade mise en place par les employés. Ils avaient sûrement dû recevoir des ordres de leur hiérarchie qui leur ordonnait de ne pas nous laisser avancer plus loin. Les jeunes manifestants, à ce moment là, ont tenté de briser la barricade sous le coup de la colère…
Il n’y avait pas tant d’employé de sécurité. Une fois à l’intérieur du bâtiment, près d’une trentaine d’employés officiels se sont précipités dans les couloirs. Si nous voulions réellement discuter avec eux, il était plus intelligent de faire en sorte, non pas d’enfoncer la barrière, mais d’obtenir un droit de laisser passer…
Si dès le début, ils nous avaient laissé remettre en mains notre pétition au gouverneur, jamais nous n’aurions eu besoin d’en arriver là. Au final, nous avons pu négocier avec eux : nous devions alors rendre notre pétition, dans le hall de l’immeuble.
Une mère déclare tenant son enfant dans les bras :
« Nous ne pouvons plus y retourner (à Fukushima) même si nous en avons envie. Ne faites pas la même chose à ce territoire de la préfecture de Saga! Ne dites plus qu’une centrale nucléaire ça n’explosera pas, que c’est sécurisé, que l’on peut se rassurer! Nous vivons dans un monde dans lequel il peut se produire tout et n’importe quoi. Nous ne seront pas dupe en écoutant vos discours. Je vous le demande avec une profonde sincérité…par le fait que vous soyez venu et montré votre compréhension, pouvons nous réellement compter sur vous pour réfléchir tous ensemble sur l’arrêt de la filière nucléaire ? »
L’opacité de l’industrie nucléaire : tout le monde se tait sur Fukushima
« A Hollywood, c’est bien connu : les gens aiment parler de politique…parmi les acteurs on a vu pas mal de personnes donner leurs avis sur le Tibet ou même le Darfour.
Mais, cette fois, personne n’a fait de commentaires concernant la crise nucléaire au Japon…
Alors il faut constater qu’il s’agit d’un fait qu’on laisse dans l’obscurité (d’un blackout) et cette réalité est omniprésente dans le monde entier. Il s’agit là de l’opacité de l’industrie nucléaire. Alors même les stars hollywoodiennes ne peuvent pas être en mesure de dire un seul mot au sujet des centrales nucléaires qui sont sur leur propres territoires.
Actuellement les enfants de Fukushima subissent de pleins fouet la hausse du niveau de radioactivité officiellement toléré, car l’état l’a fait passer de 1 mSv/an à 20 mSv/an. Disons le clairement : il s’agit là de non assistance à personne en danger de mort. Les autorités nous disent de prendre sur nous, qu’ils ne pouvent rien garantir…
Je pense que l’on peut appeler ça un meurtre. »
Pour plus d’information sur les mouvements anti-nucléaires au Japon, vous pouvez aller voir le site de Sayonara Nukes

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Janek dit :
Je comprends mieux pourquoi tu tenais absolument à finir cet article. Cet homme est un modèle à suivre. Un vrai héros comme tu dis.
Aizen [Kibô Team] dit :
@Janek : Yamamoto Tarô est certainement un des japonais le plus en phase avec l’esprit du bushidô d’antan. Il est droit, honnête, humaniste et généreux… Quitte à sacrifier sa vie professionnelle, il a choisi d’aider les gens, de sauver son pays et l’avenir des enfants. Qui de nos jours serait prêt à ne plus gagner qu’1/10 ème de son salaire par loyauté et justice envers ses semblables? Ce qui est incroyable, c’est qu’il ne se dégonfle pas, malgré les intimidations qu’il a eu, depuis son combat. Il est devenu à mon sens encore plus populaire auprès des japonais, qui l’aiment très sincèrement, pour ce qu’il fait. Il me semble que c’est vraiment dans les circonstances extraordinaires, que l’on peut observer subitement la révélation de héros, chez les gens tout à fait ordinaires.
Ageha dit :
Merci pour ce beau portrait!
C’est important de voir au delà de ce que les médias veulent bien nous montrer.
Cet homme est admirable.
Aizen [Kibô Team] dit :
@Ageha : En effet, « les médias » > c’est un réel problème. D’ailleurs Tarô Yamamoto le dit clairement: « ils sont devenus des coquilles vides »
peley jean luc dit :
En effet nous avons besoin de ces héros des temps modernes qui se mettent en travers des pouvoirs totalitaires sournois qui sont représentés par les lobbies très puissants , ceux qui maintiennent l’humanité sous contrôle.
Je suis artiste peintre et passeur de messages alarmant ceux qui n’ont pas ou ont la faculté d’analyse critique des événements que nous subissons malgré nous et contre la paix que nous espérons tous.
Nous avons avec un autre artiste japonais réalisé en 2011 et aussi cette année deux oeuvres communes sur la pollution et le nucléaire. Expos et conférences s’en sont suivis avec un auditoire intéressé.
J’aimerais communiqué à Taro Yamamoto des documents concernant ces actions et aussi des articles le concernant.
Je vis à Kyoto .
Voici mon site web : http://www.jlpeley.e-monsite.com
garlo dit :
Bravo pour cet article et chapeau bas M Yamamoto Tarô.
A propos de Fukushima : les professionnels du nucléaire, les politiques et certains médias s’efforcent toujours de nous endormir. Alors j’ai fait une petite berceuse… http://youtu.be/xylYFdqkn6U