Les Yakuza et le nucléaire au Japon


 

Le nucléaire japonais sous contrôle d’organisations criminelles mafieuses

L’ombre de la mafia sur le site de Fukushima

Nous savions déjà que le gouvernement japonais faisait appel à des scientifiques corrompus pour minimiser, dans l’esprit du public, l’impact des retombées radioactives et dissimuler les maladies « étranges » qui commencent à apparaître depuis un an au Japon. Ce que nous apprenons de diverses sources est plus inquiétant encore :

Des organisations criminelles mafieuses, les yakuza, ont travaillé dès les premières heures du tsunami à Fukushima en 2011 (mais aussi lors du tremblement de terre de Kobe en 1995) au contact du gouvernement pour « contrôler » les événements ; dans un premier temps en sécurisant les zones sinistrées par le tsunami, puis en acheminant des denrées et du matériel aux populations. Mais leur rôle ne s’est pas arrêté là… Ci-dessous, une vidéo datée du 22 mars 2011 parlant déjà des premières actions des yakuzas aux abords de la centrale.
 

 

Qui sont les yakuza ?

Les yakuza sont des organisations criminelles issues de la mafia japonaises qui, loin d’être secrètes, ont pignon sur rue. Ces groupes disposent souvent de structures légales de types associatives. On compterait environ 86.000 yakuzas à travers le monde regroupés en 22 organisations principales. Le chiffre d’affaire de telles organisations culminerait à près de 35 milliards d’euros par an. L’organisation féodale de ces mafias organisées en familles regroupant plusieurs clans est complexe et leurs revenus sont aussi divers que le trafic d’armes, le racket, les jeux d’argent légaux ou non, la prostitution, la pornographie ou le trafic de drogues.

Parmi les traditions des yakuza les plus connues figurent le tatouage du corps et l’amputation d’une phalange en cas d’échec dans une mission. Loin d’être habituellement une organisation philanthropique, les yakuza sont souvent affiliés à une droite extrême conservatrice et xénophobe. C’est pourquoi l’aide apportée par ces mafias n’ont pas été très populaires, d’autant que ces aides ont été financées par l’argent racketté aux mêmes populations.

Jake Adelstein est un journaliste américain indépendant, autrefois reporter au Yomiuri Shimbun (le quotidien le plus lu au monde) et spécialiste des affaires traitant des milieux criminels japonais. Il nous livre ici une analyse de cette organisation mafieuse hors normes :

Extraits :

(1:26)« La police japonaise ne sera jamais capable de complètement démanteler les yakuza… Pourquoi ? Si vous arrêtez un yakuza de bas étage, celui-ci ne dénoncera pas son patron. Il n’a pas d’intérêt à le faire puisque son avocat sera sans doute lui-même payé par les yakuza. S’il parle, l’avocat le dira à la police, qui elle même collabore avec les yakuza. L’homme alors disparaîtra, mourra en prison ou à sa sortie. A l’inverse, s’il reste silencieux, purge sa peine et sort, il aura un bonus et sera promu. Ainsi, les yakuza s’assurent qu’aucune investigation n’ira jamais jusqu’au bout. »
 

 
Sur un autre article du Telegraph, Jake Adelstein dit : « Un ancien chef yakuza m’a dit que son groupe était toujours impliqué dans le recrutement des travailleurs de l’industrie nucléaire. » -C’est un sale et dangereux boulot- dit-il « et les seules personnes susceptibles de le faire sont les sans-abris, les yakuzas et les gens tellement endettés qu’ils ne voient pas d’autre moyen pour assurer le remboursement ».
 

Quel est leur lien avec l’énergie nucléaire au Japon ?

Les travaux d’entretien d’une centrale nucléaire sont, en France comme au Japon, donnés à des sous-traitants extérieurs et non à l’entreprise gérante. Ce travail est mal considéré au Japon comme ailleurs et il est souvent donné au Burakumin, un groupe social minoritaire japonais discriminé socialement et économiquement et descendants de la caste des parias de l’époque féodale. Les burakumin représentent une des plus importante minorité du Japon et constituent 70% des membres des Yamaguchi-Gumi, la plus importante famille de Yakuza du Japon.

C’est là qu’interviennent les yakuzas qui contrôlent une grande partie de la main d’œuvre temporaire. Ils font les rabatteurs, s’occupent de la corruption de politiciens en vue d’obtenir des permis de construire ou la supervision des travailleurs, parfois forcés, dans des zones extrêmement contaminées.

Les salaires proposés peuvent paraître intéressants pour certains travailleurs obligés de rembourser de grosses sommes d’argent. Un article paru dans le Asahi Shimbun parle de certains travailleurs qui auraient touché 30.000 à 40.000 yens (285€ à 380€) par jour. Par contre, la plupart se contentent de 15.000 yens par jour (140€) dont 5000 yens de « prime de risque », soit un salaire plutôt faible compte tenu des risques encourus.
 

tatouages des mains d'un yakuza par anton KustersCrédit : Anton Kusters

 

Quelles sont les conséquences concrètes de l’utilisation de yakuza ?

Une main d’œuvre forcée et docile

 
La main d’œuvre docile recrutée ne parle jamais de ses conditions de travail par peur des représailles. Il s’agit souvent de personnes ayant des dettes envers les yakuza et qui sont obligées, par eux, de les rembourser. Un article disponible sur le site de Rue89 intitulé « L’Etat est un traître pour les travailleurs », il a été démontré que très peu d’accident sont répertoriés parmi les travailleurs souvent embauchés en l’absence de contrat. Cette pratique semble absolument incroyable dans une industrie souvent vantée comme ultra sécurisée faisant appel à un personnel prétendument qualifié.

Le quotidien français Le Point à d’ailleurs fait un reportage sur l’implication des yakuza dans le nucléaire dans lequel il précise que le phénomène remonte aux années 90. Par ailleurs, on peut mieux comprendre pourquoi Tepco est toujours sans nouvelle des 840 salariés qui auraient « disparu ».
On comprend aisément que la liberté d’expression des travailleurs, de revendiquer des droits ou d’exiger des conditions de travail décentes se trouvent considérablement diminuées en présence de tueurs en puissance qui n’hésitent pas à jouer du sabre ou du pistolet pour faire taire les contestataires.
 

Tomohiko Suzuki : un journaliste en infiltration à la centrale accidentée

Le journaliste japonais indépendant, Tomohiko Suzuki, a aussi témoigné en fin d’année 2011 lors d’une conférence de presse, des faits constatés durant son infiltration à la centrale de Fukushima Daiichi. En effet, cet homme courageux, journaliste de terrain, avait réussi à se faire employer à la centrale de Fukushima Daiichi comme ouvrier par l’intermédiaire d’une filiale de Toshiba, mais embauché au préalable par des yakuza. Il a pu ainsi enquêter à l’intérieur même du site du 13 juillet au 22 août 2011. Il avait été assigné à une tâche liée au retraitement de l’eau contaminée.

Ainsi ont pu être révélé au grand jour : des conditions de travail inadmissibles, de l’absence de vérification de la qualification des intérimaires, des conflits d’intérêts entre les constructeurs Toshiba et Hitachi et les dissimulations des données cruciales sur le suivi et la santé des travailleurs.

Tomohiko Suzuki a aussi à la même période écrit un livre traitant de ce sujet : «  ヤクザと原発  » ( « Les Yakuza et le nucléaire » )


 

Trafiquer les statistiques médicales devient facile !

En dehors des « incitations musclées » faites aux travailleurs réguliers à ne pas porter plainte en cas d’accident du travail, on comprend aisément que des travailleurs qui disparaissent ou s’inscrivent sous de fausses identités ne laissent évidemment pas de dossiers médicaux et que leur taux d’irradiation ne sera pas suivi. Si un travailleur dissimulé meurt de leucémie, cancer ou d’un arrêt cardiaque, celui-ci sera une victime cachée du nucléaire, entretenant le mirage d’un nucléaire propre et non-dangereux.

Couverture du livre : « Les travailleurs nucléaires irradiés effacés dans l’obscurité »
(闇に消される原発被爆者)

 

Lobbies nucléaires et criminels japonais main dans la main

Les principales questions que nous sommes en droit de nous poser au vu de ces faits inadmissibles sont simples :

Comment peut-on faire confiance à une industrie liée à des criminels d’une mafia hors de tout contrôle ? Les termes « transparence », « droit », « sécurité » sont-ils encore crédibles quand on constate des dérives aussi sévères de la sécurité, du droit et de la transparence ?
 

 

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