Fukushima 1 an après : les japonais face au désastre en progression

Dans 2 jours, cela fera 1 an : le 11 mars 2011, restera à jamais la date fatidique à laquelle la centrale de Fukushima Daichi a connu un accident nucléaire majeur de niveau 7 à la suite du tremblement de terre et du tsunami meurtrier qui a frappé le Japon.

Fukushima est maintenant connu pour être la plus grave catastrophe nucléaire que le monde ait jamais connu, devant Tchernobyl.

Aussi, à l’occasion de l’anniversaire de la catastrophe survenue le 11 mars 2011, Kibô promesse a voulu faire un bilan sur le panorama post-Fukushima: une invitation à prendre du recul afin de tirer des leçons de ce triste désastre.

 

illustration liquidateur de fukushima avec combinaison et masque anti contamination nucléaire

 

Fukushima: une gestion de crise chaotique

3/11 au moment des faits, Naoto Kan était premier ministre…

naoto kan s'excuse

 

Au moment du tremblement de terre du 11 mars 2011, le Japon était dirigé par le premier ministre Naoto Kan, leader du parti démocrate japonais (DPJ) et en poste depuis juin 2010. Face aux critiques concernant la gestion de la catastrophe, il a démissionné le 26 août 2011 pour laisser la place à son ancien ministre des finances et nouveau leader du DJP, Yoshihiko Noda.

Le point de vu de Naoto Kan a changé après la catastrophe de Fukushima. Il a crée la surprise dans la presse en déclarant le 14 juillet 2011 :

« J’en suis arrivé à la déduction que le moyen le plus sûr de construire une société ne doit pas inclure de sites de production nucléaire et cette option est parfaitement réalisable. »

Sa déclaration a été qualifiée d’ « irresponsable et irréaliste » par une partie de la presse, la droite Japonaise ainsi que le lobby nucléaire Japonais. Le changement d’opinion de Naoto Kan s’explique lorsqu’il s’est retrouvé au plus fort de la crise :

« Je me suis demandé, au plus fort du tourbillon, ce qu’il adviendrait du Japon en tant que pays si la zone inhabitable s’étendait à 200 ou 300 kilomètres. Je l’ai ressenti très fortement à l’époque, et j’y repense souvent. »

 

Le gouvernement se veut rassurant sur la situation…

 Des décisions qui défendent l’industrie nucléaire mais méprisent la vie d’une population fragilisée et inquiète de leur sort

Le gouvernement actuel ne partage pas le point de vue de l’ancien premier ministre. Beaucoup de dons envers les partis politiques japonais viennent de l’industrie du nucléaire. Aussi, nombre d’hommes politiques défendent le nucléaire comme une vache sacrée.

Pour le maire de Tokyo :

« Abandonner la technologie nucléaire reviendrait à revenir à l’ère des singes. »

Certains d’entre eux ne comprennent pas la peur ressentie par les japonais et n’hésitent pas à considérer leurs doutes comme une trahison. A Datechi Fukushima, le comité agricole a par exemple décidé que les terres des fermiers qui refuseraient de cultiver des champs contaminés par les poussières radioactives seraient considérées comme abandonnée et donc confiscables.

L’assemblée de Tokyo a quant à elle déclaré son incompréhension devant les réticences des japonais à laisser leurs enfants manger de la nourriture contaminée. L’un d’eux, Yoshiyuki Motoyama, a meme expliqué que :

« ceux qui ont été épargnés par les dommages du désastre doivent partager la peine des gens du Tohoku.»
 

Un projet d’incinération des débris à travers tout le Japon

debris de Fukushima

 

Sur un programme de la ‘Nippon Television Network’, le premier ministre actuel, Yoshihiko Noda a déclaré que le gouvernement allait renforcer les efforts directs pour accélérer l’élimination des débris des régions dévastées du Tôhoku.  Ce projet a été grandement critiqué, soulevant la peur d’un nombre croissant de japonais, citoyens comme experts, car ces derniers pourraient selon les zones recueillies, être hautement contaminés par la radioactivité.

«Si les gens qui vivent à proximité des sites d’élimination des déchets sont concernés, on peut y aller personnellement et leur expliquer, » a déclaré Noda. Le gouvernement a promis d’offrir des subventions afin d’aider les municipalités « exemplaires » à construire ou agrandir les sites de retrait par incinération des débris et à leur donner les moyens de contrôler la radioactivité.

Le maire de Shimada (Préfecture de Shizuoka) de son côté, a affirmé avec fermeté lorsqu’il s’est exprimé sur l’incinération des débris dans sa municipalité :

« je vais le faire, même si les résidents locaux s’y opposent. »

Quant à la municipalité d’ Osaka, qui a aussi décidé de participer au projet, celle-ci s’est engagée à incinérer des débris allant jusqu’à une contamination d’un niveau cesium de 100 bq/kg.

Le professeur Hiroaki Koide, expert nucléaire à l’université de Kyoto, a mis en garde les autorités et la population:

« il faut toujours considérer la prolifération de radioactivité dans l’environnement comme étant extrêmement dangereuse. » Pour lui,  « ces débris ne devraient jamais être incinéré dans de telles conditions, sans élaborations préalable de tests avec des filtres spécifiques directement sur place, dans les zones dors et déjà contaminé. Nous devons avant tout être sûr de ne pas mettre en danger la population. Nous devons à tout prix éviter que les cendres issues de l’incinération ne viennent pas contaminer l’atmosphère, parce que les gens vont respirer cet air. »

Pourquoi le gouvernement japonais veut-il alors se hâter d’incinérer des débris, dans des municipalités justement vierges de toute contamination nucléaire à travers tout le Japon, alors que ceux ci pourraient largement être stockés près des sites proches de la centrale, en attendant de trouver la meilleure solution pour leurs retraits ?

 

La  commission indépendante mène l’enquête

Le rapport indépendant sur l’accident de Fukushima est en cours

comité indépendant d'enquête sur l'accident de Fukushima

La RJIF (Rebuilt Japan Initiative Fondation) s’occupe activement à clarifier tous les faits lié à la gestion de la crise de la catastrophe de Fukushima. Quelques points de ce rapport ont été rendu public en avant-première et il a été reproché à Naoto Kan ainsi qu’à son gouvernement au moment des faits le 11 mars 2011 d’avoir participé à faire empirer la situation :

- manque de réactivité et d’anticipation face au risque nucléaire.
- méconnaissance totale des manuels techniques d’urgence nucléaire
- gestion de crise dans la confusion la plus totale
- prise de décisions inadaptées à l’ampleur de la catastrophe par manque de connaissance
- dissimulation d’informations capitales à la population
- mise en place irresponsable de l’idéologie d’un « mythe de sûreté nucléaire » et  idéalisation de cette dernière au détriment de réelles mesures de sécurités

Naoto Kan ainsi que les membres de son gouvernement avaient été à l’époque secrètement terrifié à l’idée d’imaginer en même temps que Fukushima, la fin de Tokyo, ainsi que sa possible évacuation.

 

Le gouvernement japonais se dédouane de la responsabilité individuelle face au rapport indépendant qui l’accable pour « désastreuse gestion de la catastrophe »

yoshihiko noda

 

Dernièrement, Yoshihiko Noda a reconnu les défaillances face à la crise. Ce dernier confie : « Nous pouvons dire avec le recul que le gouvernement, les entreprises et les chercheurs avaient tous vécu dans un mythe de la sécurité. La responsabilité doit être partagée. »

Dire ainsi de la responsabilité qu’elle doit être partagée, n’est-elle pas une façon de s’en dédouaner en faisant croire que tous étaient aveuglés par le mythe de sûreté du nucléaire, tandis qu’ils avaient largement été prévenu de menaces de gigantesque tsunami avant la catastrophe du 11 mars par l’équipe du comité de recherche sismique, et que leur seule excuse à l’inaction a été de dire qu’il était ‘inimaginable’ que ce genre de chose se produise?

Noda oublie aussi totalement le fait que certains scientifiques avaient anticipés les problèmes depuis bien longtemps, comme l’a fait le professeur Hiroaki Koide. Ce dernier s’est désespérément battu pendant 40 ans de carrière en tant qu’expert nucléaire pour prévenir des dangers d’un potentiel accident majeur. Personne ne l’avait jamais cru jusqu’à ce que cela arrive.

 

 Une malsaine propagande du « tout va bien »

JR, la compagnie de transport ferroviaire japonaise et sa campagne nationale: « Le Tôhoku, j’y vais! »

Ce poster est un des visuels faisant parti d’une campagne de communication destinée à inciter les japonais à voyager dans le Tôhoku, région grandement sinistrée et touchée par la contamination radioactive.

Campagne pub de JR "allons dans le tôhoku" fukushima

Ce très joli poster aux inspirations et aux visuels rétro militaro pop encourage clairement les japonais à se rendre à Fukushima. Il est noté sur l’affiche publicitaire :

« Le Tôhoku, j’y vais! » mais encore « Si je n’y vais pas, rien ne va commencer »

Ne feraient-ils pas allusion à la décontamination dans un élan d’humour noir? Il ne va sans dire qu’à aucun moment, il ne mentionnent la catastrophe, ni ne font état de prévenir de quelque danger que ce soit.

Ci-dessous, la campagne publicitaire TV en vidéo: de jolies japonaises affichent tout sourire, et ce, dans une ambiance de non-dit à peine voilé, ou de déni de réalité qui suggère indirectement qu’il ne s’est jamais rien passé dans le Tôhoku…

Toutes ces stratégies de propagande ne sont-elles pas criminelles, malhonnêtes et malsaines lorsque nous replaçons les faits dans leurs contextes réels, lorsque nous les confrontons au droit, à l’éthique mais aussi à la morale ?

 

 

La campagne de pub du gouvernement japonais : « encourageons l’Est du Japon  en mangeant! »

…des produits potentiellement hautement contaminés. La contamination radioactive de la chaîne alimentaire pose actuellement un problème majeur au Japon. Il est alors tout à fait inquiétant lorsque l’on analyse avec logique, cette publicité ainsi que les faits qui pourraient éventuellement pousser l’état japonais à encourager la population à consommer des aliments empoisonnés.

no nuke poster "it won't affect your health immediately"

Mais l’état ne cesse de répéter pour paraître rassurant:

« il n’y a pas de conséquences immédiates sur la santé. »

Comment devons nous considérer cette phrase? Cela veut-il dire que tant que les dommages sur la santé n’apparaissent pas immédiatement, ils ne s’en préoccupent pas? Qu’en est-il de la responsabilité de la sécurité de leur citoyens ?

 

 

Cette publicité commerciale TV (15 secondes) et sa version plus complète (30 secondes) ont été commandité par le ministère japonais de l’Agriculture, des Forêts et de la Pêche à l’agence DENTSU, l’une des plus grandes agences publicitaires au Japon.

Celles-ci ont commencé à être régulièrement diffusées depuis début Juin 2011.  Un mois après le début de cette campagne de communication massive, commençaient à apparaitre les problèmes liés au bœuf contaminé qui ont fait scandale
La version complète de 30 seconde peut être consultée ici sur le site de FOOD ACTION NIPPON

Selon le site officiel, les produits alimentaires qui apparaissent dans la version de 30 secondes sont énumérés comme suit: boule de riz produit à Miyagi, asperges de Fukushima, concombre de Fukushima accompagné de « miso » de Miyagi, tomate de Ibaraki, pomme d’Aomori, pastèque de Gunma, lait provenant d’Iwate, pêche de Yamanashi, barbecue à l’aide de bœuf de Yamagata et l’oignon de Chiba, et « sashimi » de Chiba. Ces 5 individus sont des chanteurs connus pour faire parti d’un groupe populaire depuis longtemps au Japon :  TOKIO.

Suivre à la lettre la propagande qui sévit actuellement au Japon ne va t-il pas devenir un énorme problème sanitaire à moyen et à long terme, car clairement dommageable sur la santé des individus mais aussi pour les générations à venir à cause des possibles dégénérescences génétiques dues aux radiations ?
 

En première ligne, les liquidateurs…

La vérité grâce à certains témoignages des « 50 de Fukushima » commence à faire surface malgré les pressions de Tepco

liquidateurs de fukushima en combinaison masquée

 (Crédit photo: David Guttenfelder)  

D’ordinaire à la suite d’une catastrophe naturelle, les japonais reconstruisent leur pays et reprennent leur vie quotidienne. Mais à présent, ils se rendent compte que l’accident de Fukushima n’a rien à voir avec une catastrophe naturelle, qu’elle est bien pire que cela, et témoignent de leurs craintes et de leurs doutes. Les premiers sont ceux qui sont directement concernés par la catastrophe : les liquidateurs et autres personnels qualifiés pour gérer la crise, connus sous le nom des 50 de Fukushima. L’un d’entre eux s’exprime :

« Personne ne s’est plaint à l’époque, nous avions tous compris la situation. Même si nous ne tenions pas compte de certaines procédures, nous restions concentrés sur notre travail. C’était comme si tout l’avenir du Japon reposait sur mes épaules ; je sentais que je me devais de brandir haut le drapeau Japonais. »
 

A combien de printemps encore les liquidateurs vont-ils pouvoir survivre?

liquidateur de fukushima entrain d'être contrôlé

(Crédit photo : David Guttenfelder)  

« La foi en moi me donne la force de vivre, comme l’espoir de revoir un jour les cerisiers en fleurs de ma ville. » chante Yushi, un des travailleurs de Fukushima Daiichi.

Mais ceux qui ont continué à travailler à la centrale de Fukushima pour tenter de limiter l’accident se savent condamnés :

« Parmi les 60 employés de Tepco qui travaillent dans ma section, plusieurs ont déjà dépassé en cinq mois la dose de 100 mSv [la dose annuelle de radiation tolérée au Japon est de 20 mSv pour les civils et de 250 mSv pour les travailleurs du nucléaire, ndlr]. »

Mais si aucun d’entre eux ne regrette de s’être sacrifié pour sauver la situation, certains d’entre eux sont révoltés par la manière dont le gouvernement et surtout TEPCO ont géré la situation. Yushi Saito qui travaille aujourd’hui dans la centrale raconte :

« J’étais très en colère contre Tepco […] quand je suis retourné à la centrale, j’ai vu que beaucoup d’employés de cette compagnie étaient aussi des refugiés du périmètre d’exclusion et je me suis demandé à quoi bon exprimer ma colère. […] non contre les employés, mais contre les dirigeants de Tepco qui, de leurs bureaux à Tokyo, ne se soucient pas des travailleurs de Fukushima ».

 

L’industrie nucléaire, depuis longtemps infiltrée par les réseaux mafieux japonais

tomohoko suzuki, auteur du livre "yakuza to genpatsu" (les yakuzas et le nucléaire)

 

Un journaliste s’est récemment engagé en tant que liquidateur pour témoigner directement des conditions de travail dans la centrale. Il a mit en évidence le rôle des yakuzas dans le recrutement des travailleurs pauvres et non qualifiés ramassés dans les banlieues et envoyés au front pour y mourir. Comme en témoigne un Yakuza dans son article :

« Lorsqu’un homme a désespérément besoin d’argent, il va dans le nucléaire, une femme, dans l’industrie du sexe. »
D’après le journaliste Tomohiko Suzuki, parmi les Fukushima 50, les liquidateurs qui se sont sacrifiés pour contenir la catastrophe,certains d’entre eux étaient des yakuzas. Par ailleurs, le lien entre TEPCO et la mafia est très ancien, puisque les sous-traitants de TEPCO ont recouru plus d’une fois aux Yakuzas pour obtenir des contrats juteux.

 

Pendant ce temps, à la centrale de Fukushima Daiichi et dans les périmètres alentours…

La piscine du réacteur n°4 : une épée de Damoclès suspendue sur le Japon

 

Le toit du bâtiment dévasté du réacteur n°4 a été dernièrement enlevé par des grues. Tepco va devoir à un moment donné s’attaquer à une problématique cruciale : déplacer plus de 1500 barres de combustible incommensurablement létales, pour les mettre à l’abris, en lieu sûr. Car la piscine contient près de 3 fois plus de combustible nucléaire que dans une piscine de désactivation habituelle.

Elle représente actuellement le plus grand danger pour le Japon : si un séisme de très grande ampleur venait à survenir encore une fois pour frapper la centrale de Fukushima, alors l’eau contenue dans la piscine pourrait fuir, entraînant par là même de nouvelles fusions des barres. La quantité considérable de plutonium contenue dans la piscine peut être comprise comme étant une épée de Damoclès suspendue au dessus de la nation japonaise. Cette manipulation est extrêmement délicate à opérer, et le danger que sa maintenance représente fait qu’il est impossible de l’effectuer pour le moment, à cause des dommages que le bâtiment et ses systèmes ont subi. 

Car en effet, s’il se produisait de nouveau un MELTDOWN, cette fois-ci, les experts s’accordent à dire qu’il faudrait évacuer Tokyo et davantage encore

« Le combustible est tellement radioactif que s’en approcher entraînerait instantanément la mort des ouvriers si celui-ci venait à sortir de l’eau. Les rails qui servent normalement à déplacer l’énorme conteneur rempli d’eau, dans lequel on place les barres pour leur transfert ont été détruits. Il y a donc prioritairement des choses à faire : mettre en place un système qui permet de transvaser le combustible. Il va aussi falloir nettoyer la piscine des débris du bâtiments, afin de pouvoir accéder aux barres de façon optimale. » affirme gravement, le professeur Koide

 

 Du Plutonium trouvé et sa présence enfin confirmée au sein de la zone d’exclusion des 20-30 km

victime japonaise du tôhoku

 

Le plutonium est une des substances les plus dangereuse au monde : un millionième de gramme (particule plus petite qu’un grain de poussière) inhalé suffit pour provoquer cancers et morbidités létales. A Tchernobyl, ce radio-élément a notamment provoqué de nombreux cancer des os et cancer des poumons chez les liquidateurs exposés.

A l’heure actuelle, du plutonium a été retrouvé à 3 endroits différents à l’intérieur de la zone des 20-30km. Ainsi le petit village de Iidate-Mura est victime de cet isotope.

Le choc est grand de lire sur le site officiel de l’AIPRI ( Association Internationale pour la Protection contre les Rayons Ionisants):

« Ce sont en effet plus de 4000 Bq/m2  de plutonium 239 droit issus de la décroissance du neptunium 239 qui jonchent désormais sur le sol de Iitate-Mura et qui en font à eux seuls une zone interdite d’après ces inutiles normes de radioprotection édictées par l’AIEA et contresignées par les états. S’ils s’avèrent étendus sur tout le territoire de Iitate-Mura, et rien ne nous permet d’affirmer que ce n’est pas le cas, ces 4000 Bq/m2  de Pu239 sont à eux seuls une condamnation à mort sans appel pour les personnes qui vivent là. »

 

Conclusion du bilan du triste anniversaire commémorant les 1 an de Fukushima…

NO NUKE poster "no more fukushima"

 

Fukushima n’est pas la première catastrophe nucléaire de l’histoire. Three Miles Island, Tchernobyl, ont généré toutes autant qu’elles sont de grandes souffrances dans l’histoire de l’humanité, sans compter tous les  accidents mineurs que diverses centrales dans le monde ont déjà connu…

Avant Fukushima, « le balai d’Hercule »(expression utilisée jadis par Milan Kundera qui signifie que l’on balaye inconsciemment tout ce qui nous fait souffrir) avait poussé l’existence même des liquidateurs de Tchernobyl et de leurs sacrifices dans l’oubli, dans les méandres d’une mémoire collective amnésique. Peu de gens au Japon, en France ou ailleurs s’étaient déjà posé la question sur les conditions de travail des ouvriers du nucléaire. Trop peu de gens avaient conscience que ces derniers prenaient des doses de radioactivité pour effectuer la maintenance des sites produisant l’électricité, pour le confort d’une population ingnorante des conséquences.

Les jeunes générations pourront dire : mais avons-nous eu le choix sur le moyen de production de notre énergie, sur la mise en place des centrales nucléaires?
Les enfants de Fukushima disent déjà :  « Nous créerons d’autres moyens, respectueux des vies et de l’environnement. »

A présent, chaque fois que l’on allume une ampoule, cela peut nous rappeler que cette lumière coûte la vie de certains d’entre nous…

Mais de tous les accidents nucléaires, Fukushima est celui qui a le plus choqué, voire même éveillé les consciences sur les réels dangers du nucléaire, peut-être parce qu’il s’est produit dans le pays considéré comme le plus avancé technologiquement au monde : le Japon.

Fukushima a remis en question le dogme de la sécurité des centrales, mais a aussi fait voler en éclat la confiance que le peuple japonais avait en son gouvernement : les dirigeants ont été incapables d’évacuer convenablement tous les citoyens des zones les plus contaminées, laissant ainsi des hommes, des femmes et des enfants à leur sort, les laissant s’exposer chaque jour d’avantage aux radiations. Pire encore, ils souhaitent dans un élan de folie, les faire revenir dans la zone des 20 km, qui devrait être inhabitable…

Il y a de cela 23 ans pourtant, l’Ukraine avait procédé à l’évacuation de villes entières pour sauver des vies. Pourquoi l’état japonais, habituellement connu pour être si « moderne » a t-il choisi de ne rien faire?

Kazuko Ito, secrétaire générale de l’ONG Human Rights Now a dernièrement déclaré lors d’une conférence à New York au sujet des agissements du gouvernement japonais :

« Nous pensons qu’il s’agit ici d’un problème de droits humains et d’une grave violation du droit à la vie, du droit à la santé et du droit à la reproduction. »

Au final, l’explosion de Fukushima Daiichi a contribué à délier les langues sur un sujet brûlant : ce sont autant de débats qui n’avaient encore jamais été traité aussi ouvertement. Les évènements de mars 2011 au Japon ont poussé de nombreuses personnes à choisir leur camp.

En mars 2012, dorénavant seuls  2 des 54 réacteurs du Japon fonctionnent encore dans l’archipel : le Japon se prépare à se passer du nucléaire dès cet été.

Mais face au Japon prêt à sortir du nucléaire, plusieurs pays sont décidés à y entrer. Le nucléaire n’est pas seulement une source d’énergie, il représente aussi une force militaire potentielle car les pays qui possèdent des réacteurs nucléaires ont aussi accès à la bombe atomique.

Chaque citoyen de se monde, pourra en s’informant, faire un choix équitable pour le monde de demain.

Toutes les consciences sont encore loin d’être éveillées et le Japon a plus que jamais besoin de soutien.  Kibô-Promesse a choisi son camp: celui de la vie! 

 

 

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18 réponses à “Fukushima 1 an après : les japonais face au désastre en progression”


  1. Laurent d. dit :

    QUOI? La plus grande catastrophe nucléaire? Tchernobyl n’est pas géré, et l’ukraine, n’a pas les moyens de gérer son problème (et je suis réaliste lorsque je dit « son problème » ils sont bien tous seuls face à cette « verrue »), alors que le japon a les moyens de gérer la catastrophe de fukushima, arrêtons de prioriser et réfléchissons à des solutions INTERNATIONALES, pour gérer ces accidents et incidents………

    • @Laurent d: Oui, Fukushima est à présent pire que Tchernobyl et ce sont d’éminents scientifiques qui le disent. Nous n’avons jamais dit que Tchernobyl était géré.

  2. Un article poignant, factuel qui regarde avec lucidité une situation horrible. La catastrophe est telle, qu’un an après, il est toujours difficile d’appréhender l’étendu des dégâts.

    Merci Aizen, et toute l’équipe de Kibô, de nous informer sans relâche et sans langue de bois.

    Il est difficile de s’y retrouver, entre les sites officiels qui nient tout problèmes, et les blogs des veilleurs qui paraissent alarmistes. Quand les informations sont d’un coté aussi absentes et de l’autre aussi extrême, le doute m’envahit. Mais je ne suis pas dupe du discours volontairement rassurant des gouvernements.

    J’ai été à Tokyo une semaine pour raison professionnelle mi-février. J’ai beaucoup hésité à partir.

    Là-bas, il est impossible d’ignorer le problème, et pourtant, il faut vivre, affronter le quotidien. comment évacuer autant de millions de personnes ? Pour les mettre où ? Je n’ai pas de solution, juste beaucoup de tristesse et une volonté de continuer de relayer les informations…

    Une chose est certaine, c’est aujourd’hui qu’il faut se donner les moyens pour sortir du nucléaire. Et pas dans 20 ans.

    • @Kaeru: Les blogs des veilleurs alarmistes? Il y a de quoi s’alarmer: des gens vont en mourir en masse. Il est illogique de pouvoir même penser se rassurer après une catastrophe nucléaire. Merci pour ta conclusion.

  3. Déjà un an…

    Ça fait mal au ventre, pour les japonais qui tenaient à leur région maintenant contaminée, les pertes humaines déjà subies, les conséquences dramatiques, l’irresponsabilité des responsables…

    Une petite question là sur le fait que le Japon fonctionne avec cinq centrales seulement, pourquoi on nous explique à nous français qu’il serait impossible d’en arrêter ne serait-ce qu’un dixième de notre capacité ?

    Bon article et j’espère que si cela est un bon rappel pour nous, que cela soit aussi une invitation à une prise de conscience pour les autres situés plus à proximité de l’inhumanité.

    • @Zipanu: Le Japon n’a plus que 2 réacteurs nucléaire en marche. Donc effectivement tu poses une très bonne question: « pourquoi on nous explique à nous français qu’il serait impossible d’en arrêter ne serait-ce qu’un dixième de notre capacité ?  » Justement, le Japon nous a prouvé qu’en continuant même de consommer à peu près normalement de l’électricité, ils pouvaient tout à fait se passer de nucléaire en attendant de faire leur mise à niveau totale vers les énergies renouvelables. Fukushima nous aura aussi prouvé que le prix à payer de l’énergie nucléaire n’était absolument pas « bon marché ». Encore une fois pour preuve: les japonais le payent de leur vie actuellement et Tepco et l’état japonais n’auraient jamais assez de fond pour rembourser l’irréparable. Le professeur Koide Hiroaki a dit cela « Même si le pays remboursait les dommages et intérêts aux victimes en faisant faillite autant de fois qu’il le fallait, ils ne pourront jamais rendre aux japonais ce qu’ils ont perdu ».

      @Lola: You’re welcome

  4. In the memory of the victims of Japan’s earthquakes and the Fukushima disaster: http://youtu.be/UL_gBqs1Ums


  5. Clamartoise investie dit :

    Comment soutenir ce beau pays qu’est le Japon ?
    Je découvre votre blog, et l’association s’y rattachant.
    Sur le blog de L’ONG dont vous faites référence, c’est écrit en japonais…
    Pourquoi ne pas avoir transmis les fonds à la Croix rouge japonaise ?
    Faut-il, même en ayant en tête cette terrible catastrophe laisser de côté ou ternir tous ces messages de soutien aux japonais.
    Pour y avoir été maintes fois et comptant m’y rendre à nouveau plusieurs fois en 2012 et 2013, mon soutien le 11 mars était ma présence et participation à un événement dans ma ville Clamart .
    Pourquoi je m’y rendrais à nouveau ?
    Pour montrer à mes amis japonais que nous sommes là nous les touristes comme les autres années et que ce n’est pas en terrant en France que nous les aidons.
    Vigilance oui, informations oui pas de sinistrose à outrance même s’il faut être attentif et précautionneux !


    • Janek [Team Kibô] dit :

      @Charmartoise Investie: Pourquoi ne pas avoir transmit l’argent à la croix rouge japonaise? Tout simplement pour avoir la certitude d’où va l’argent. Avec l’ONG « Sauver les enfants de Fukushima des radiations », on sait qui utilise les fonds transmis et à quel but.

      Ensuite « sinistrose à outrance »? Ah bon, parce qu’informer de la situation c’est faire de la sinistrose? Laissez moi vous dire une chose, je suis en ce moment même au Japon pour raison professionnelle et je m’y suis installé après le 11 mars 2011. Être bien informé, c’est essentiel lorsqu’on visite un pays ayant des risques sanitaires importants. En l’occurrence ici, des risques radioactifs. Le gouvernement japonais sous estime la situation et ferme les yeux sur de graves problèmes de contamination, c’est un fait. Et pas de la sinistrose.
      Partir au Japon sans s’informer sur les risques de contamination nucléaire, c’est comme partir en Inde en prévoyant de boire de l’eau du robinet.

      • Pour réagir au dernier commentaire, il y a une différence entre s’informer et être fataliste. En l’occurrence, Kibo le devient de plus en plus. Ce n’est même plus être réaliste. Le site part d’une bonne intention mais il se transforme peu à peu en 絶望 promesse.

        • @MC: Votre commentaire n’est absolument pas constructif. Si vous pensez que nous ne sommes pas réalistes, prenez chacun des points relevés dans notre article, ainsi que les sources citées, et prouvez-nous que nous avons tort. Vous ne serez pas en mesure de nous discréditer car nous n’inventons pas les faits. Tout ce que nous postons est vérifiable.

    • @Chamartoise Investie: Les ONG que Kibô-Promesse a choisi de soutenir sont de petites ONG locales, qui aident spécifiquement « pour protéger les enfants de Fukushima contre les radiations ».

      Nous n’avons pas voulu donner à la croix rouge tout simplement parce qu’ils prennent pas mal de commissions et aussi parce qu’ils ont été très long à redistribuer les fonds à ceux qui en avaient le plus besoin. Nous n’avons rien contre la croix rouge dans l’absolu mais nous voulions donner directement à ceux qui en avaient besoin, notamment aux mamans qui se battent à travers des associations pour sauver leurs enfants.

      Nous n’avons jamais dit qu’il fallait se terrer en France, mais actuellement faire du tourisme sur place, notamment dans certaines régions comporte des risques réels, et notre but est de protéger les personnes, japonaises ou autre, en les informant, et en faisant acte des faits. De nombreux experts, comme notamment le professeur Chris Busby ont maintes fois mis en garde sur le fait qu’il n’est absolument pas recommandé de voyager dans le Tôhoku. Nous aimerions donner de bonnes nouvelles, mais notre but n’est pas faire comme le gouvernement japonais: rassurer à tout prix en vous racontant des mensonges.

      Je suis administratrice du site de Kibô, mais je suis née au Japon et je suis japonaise. Et cela ne me rapporte rien de mentir à titre personnel. Bien au contraire, c’est avec beaucoup de tristesse et de souffrance que je me bats moi même pour le Japon, parce que je constate que de mauvais choix sont pris par les dirigeants, et ce, au détriment de la santé et du respect pour la vie des citoyens résidents au Japon. Si vous considérez que nos informations sont de la « sinistrose », vous devriez vous demander si vous ne faîte pas un peu de déni de réalité.

      Nous parlons là de radioactivité. Personne ne peut y échapper ni la combattre. Avec les radio-nucléides, notamment s’il s’agit du plutonium, une particule plus petite qu’une poussière suffit, par inhalation à provoquer cancers et autres maladies. Dr Helen Caldicott, médecin et experte australienne des symptômes et morbidités dus aux radiations a elle aussi largement prévenu des dangers actuels présents au Japon.

      Quiconque prendra des risques délibérés avec la radioactivité en n’étant pas totalement conscients des conséquences, joue à la roulette russe avec sa vie. L’objectif de Kibô-Promesse est d’aider les personnes, notamment celles qui sont le plus en danger actuellement (les enfants) et ceux qui en ont le plus besoin parce qu’ils ont tout perdu. Nous nous battons pour demander l’évacuation de toutes les zones les plus contaminées, et par conséquent devenues inhabitables dans le Tôhoku. Nous le demandons et informons pour tenter de sauver des vies. Nous voulons donner les fonds directement aux gens de Fukushima, pour qu’ils aient plus de moyen de le faire. Bien à vous.


  6. Fujin dit :

    Fatalistes!!!, comment peut on dire au personnes de kibo qu’elle sont fatalistes…ces gens la travaillent dur pour réussir a aider comme ils le peuvent toutes ces pauvres victimes, Non! ils ne sont pas fataliste! ils ont ouvert les yeux c’est tout, il ne suffit plus de se cacher en attendant que ça passe, le danger est réel. alors si vous ne pouvez pas comprendre que certains consacrent leur vie pour aider les victimes d’une catastrophe nucléaire, ne venez pas faire les mauvaises langues! oui le nucléaire est un danger! si cela se produit a coté de chez vous, peut être comprendrez vous pourquoi ils ont tant de chose a dire…ils informent pour sensibiliser, c’est une action noble, si certains ne comprennent pas ça, qu’ils retournent se mettre la tête sous terre, on ne sait pas…des fois que ça les aide a se sentir mieux

  7. Fataliste :
    adjectif singulier invariant en genre
    1 qui croit au fatalisme, doctrine considérant que les évènements sont fixés par des puissances surnaturelles, par le destin
    2 qui accepte les choses et ne fait rien pour s’opposer à leur déroulement
    nom singulier invariant en genre
    3 adepte du fatalisme
    4 personne qui accepte les choses et ne fait rien pour s’opposer à leur déroulement.

    En l’occurrence, l’équipe de Kibô-Promesse n’a rien de fataliste. Nous ne faisons que relater l’information, certes peu riante, qui émane du Japon. Sachez user du vocabulaire qui convient.

    Je reviens d’un voyage au Chili où 54% de l’énergie est hydroélectrique. Le président Piñera a d’ailleurs déclaré récemment que le Chili tenterait de faire baisser sa consommation électrique de 20% d’ici 2020, et de se passer d’énergie fossile d’ici 2030.

    Si je regarde ce qui se passe en France, une grande majorité croit dur comme fer que nous ne pouvons pas nous passer du nucléaire, pour des raisons plus idéologiques que vraiment économiques. La France est majoritairement fataliste (et aveugle !) concernant son énergie, mais sûrement pas nous.

    Les fatalistes ne veulent pas se battre ? nous nous battons.
    Les fatalistes croient que rien ne changera ? nous croyons au changement.

  8. Concernant les accusations de « sinistrose », libre au lecteur qui veut préserver son confort intellectuel de ne pas se tenir au courant des informations angoissantes. On peut à la place faire un sudoku, lire une fiche cuisine ou préparer un bon petit plat…

    Seulement nous ne sommes pas là pour dramatiser à outrance mais pour informer de ce qui se déroule vraiment au Japon, à Fukushima, actuellement. Et cette information n’a rien de joyeuse.

    Je pose une question : Qu’aurions nous à gagner à faire de l’information catastrophiste ? Nous ne vendons rien ! nous payons de notre temps pour que triomphe une vérité que certaines personnes cherchent à minimiser. Les enjeux de cette minimalisation ? Elle a déjà été prouvée aux français lorsque des mails provenant du gouvernement anglais ont demandé par tous les moyens de minimiser l’affaire : http://lci.tf1.fr/monde/europe/2011-06/fukushima-le-gouvernement-britannique-a-t-il-voulu-minimiser-6562713.html

    Devons nous dire que tout va bien, aller dans le sens de la propagande mensongère de Tepco pour rassurer un partie de la population française déjà sûre d’elle ? Ou devons nous, malgré la fatigue morale, tenter de faire prendre conscience du quotidien des japonais abandonnés par leur gouvernement et plongés dans le désarroi le plus total ?

    Ma réponse est claire : Nous continuerons de faire ce qui apparaît notre devoir ; à savoir communiquer coûte que coûte sur l’actualité concernant la vie des japonais de Fukushima et d’ailleurs, et ce, malgré le caractère peu médiatique de nos informations.

    Quoi qu’il arrive, notre loyauté va d’abord à la vérité et au peuple japonais.


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