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CRIIRAD / PROJECT 47 – conférence – intervention de Bruno Chareyron à Tokyo

logo de la criiradRetranscription complète de la conférence de presse tenue par M. Wataru IWATA (Project 47) et M. Bruno CHAREYRON (CRIIRAD) au Japan National Press Club tenue à Tokyo le 1 Juin 2011

 

 

0 m – 1 m 20 s

1. Présentateur

Excusez-moi de vous avoir fait attendre. Aujourd’hui, nous avons ici avec nous M. Bruno Chareyron, qui est responsable du laboratoire de la CRIIRAD, la Commission de Recherche et d’Information Indépendantes sur la Radioactivité ; M. Bruno Chareyron nous présentera la CRIIRAD tout à l’heure, en tout cas, c’est un organisme qui a été créé en France après Tchernobyl et qui a une réputation internationale. Tout d’abord, nous allons écouter M. Wataru Iwata de « Project 47 »; il va nous expliquer brièvement pourquoi ils ont invité la CRIIRAD.

1 m 20 s – 4 m 10 s

2. Intervention de M. Iwata

Je m’appelle Iwata, de « Project 47« . C’est un collectif qui a été créé le 1er avril (2011). À cette époque, un de nos membres a apporté de l’essence à la ville de Miami-soma, et quelques uns, y compris moi-même, étaient à Ishinomaki en tant que bénévoles équipés de compteurs Geiger. À notre retour, nous nous sommes retrouvés dans la ville de Nihonmatsu pour une réunion autour d’un repas ; nous avons vu là-bas des gens qui menaient leur vie quotidienne tout à fait normalement sans aucune mesure de protection : pas d’instructions de confinement, ni d’autres mesures préconisées.

Or, nous avons pu constater grâce à nos appareils que la situation radiologique de cette ville n’était pas du tout normale. Comme la radioactivité n’est pas visible, n’a pas d’odeur ni de couleur, ces gens vivaient normalement : c’est ainsi que (nous nous sommes rendu compte de la nécessité des appareils et que) nous avons décidé de créer notre collectif.
D’abord, nous avons commencé par chercher des compteurs, toutefois nous n’en avons presque pas trouvé au Japon. Nous avons aussi contacté des distributeurs aux États-Unis, en Allemagne et en France mais là encore il n’y avait pas de stock. Puis nous avons essayé d’en trouver par le biais d’un ami rentré en France, auquel nous avons demandé d’en rechercher pour nous : cela l’a conduit à prendre contact avec la CRIIRAD.

Nous avons expliqué notre projet à la CRIIRAD : elle nous a prêté deux appareils de précision et une dizaine de compteurs portables. Avec cet équipement, nous nous sommes rendus à Fukushima à partir de la fin du mois d’avril, et nous avons commencé à effectuer des mesures. En envoyant à la CRIIRAD les résultats de ces mesures, nous avons aussi transmis les opinions des habitants. Par la suite, le responsable du laboratoire de la CRIIRAD, Bruno Chareyron est venu : il est ici depuis le 24 mai, et depuis lors, nous avons procédé ensemble à une campagne de mesures.

Bruno Chareyron va vous communiquer les résultats de celles-ci, et aussi vous préciser les situations que nous avons observées.

4 m 15 s –  34 m 25 s

3. Intervention de Bruno CHAREYRON

Bonjour je m’appelle Bruno Chareyron, ingénieur en physique nucléaire, responsable du laboratoire de la CRIIRAD.

La CRIIRAD est une association à but non lucratif, dont l’objectif est de contrôler la radioactivité pour mieux informer et protéger les citoyens. C’est une association qui a été créée en 1986 après la catastrophe de Tchernobyl, parce qu’à cette époque l’état français a menti sur la contamination effective du territoire français.
C’est à partir de là que s’est créé ce laboratoire indépendant: indépendant de l’état, indépendant des industriels, indépendant des partis politiques. Cette indépendance vient du fait que à peu près 5000 citoyens français nous donnent un soutien financier.

Donc dès le début de la catastrophe de Fukushima nous avons évidemment souhaité partager notre expérience de la gestion des retombées radioactives avec les citoyens japonais, et c’est pourquoi nous avons immédiatement répondu à la demande d’assistance scientifique formulée par PROJET 47. Nous avons conduit une mission de mesure sur le terrain depuis le 24 mai au Japon afin d’évaluer le taux de radiation que la contamination qui s’est déposée au sol envoie vers les personnes qui marchent sur ce sol. En matière de radioactivité, on mesure le taux de radiation en micro sievert par heure. Le niveau naturel est en général inférieur à 0.1 micro sievert par heure. Et sur les documents que je vais vous montrer, vous aurez les niveaux que nous avons mesuré.

Mais d’abord je voudrais revenir sur la façon dont a été gérée la catastrophe de Fukushima dans les premiers jours.

Il est clair que les citoyens japonais n’ont pas correctement été informés et pas correctement protégés par rapport à la radioactivité dégagée par la centrale de Fukushima. D’abord en ce qui concerne les citoyens auxquels on a demandé de rester confinés, il faut savoir que le confinement ne peut pas être efficace pendant plusieurs jours parce qu’il faut forcément renouveler l’air dans l’habitation. Ensuite parce que lorsque des rejets d’iodes radioactives sont effectués, il est très important de donner des pastilles d’iode stable pour protéger la thyroïde, en particulier chez les très jeunes enfants, et nous avons rencontré beaucoup de personnes à Fukushima qui nous ont indiqué qu’elles n’ont absolument pas eu de pastilles d’iode stable.

Ensuite lorsque les substances radioactives se déposent sur le sol, elles contaminent évidemment la chaîne alimentaire et les autorités japonaises n’ont commencé les mesures d’aliments que le 18 mars. Les premières mesures  publiées par les autorités japonaises, montraient par exemple qu’en ce qui concerne les épinards d’Ibaraki, le fait pour un enfant d’en consommer 200 grammes, le conduisait déjà à dépasser la dose maximale annuelle admissible à cause de l’iode 131. Les végétaux prélevés à Idate à 40 km au nord ouest de Fukushima étaient tellement contaminés que si un enfant en consomme 5 grammes il dépasse la dose maximale annuelle admissible.

Donc du fait d’un défaut d’information et de protection, beaucoup de citoyens ont déjà reçu des doses de radiation qui sont très importantes et qui auraient pu être évitées.

Et il est important que les citoyens puissent s’entourer d’experts indépendants pour obtenir une évaluation correcte de doses qu’ils ont subi, de façon, si dans le futur ils contractent des pathologies liées à cette irradiation, à ce qu’il puissent être indemnisés correctement.

Parmi les substances radioactives qui se sont déposées au sol, les plus importantes  maintenant sont le césium 137 et le césium 134. Le césium 137 a une vie très longue puisqu’il ne perd la moitié de sa radioactivité que tous les 30 ans.  Ce césium émet des rayonnements gamma très puissants, très pénétrants,  qui irradient les gens même à travers les murs des maisons. Pour calculer l’impact sur la santé, on mesure le débit de dose en micro sievert par heure, on multiplie par le nombre d’heures passées dehors et dedans, et on calcule la dose annuelle, en millisievert par an.  Habituellement la limite, la dose maximale annuelle admissible, est fixée à 1 millisievert par an. Déjà à Hitachi (ville), si la personne reste 12 heures à l’extérieur chaque jour, elle va dépasser 1 millisievert par an dans les 12 mois qui viennent.

A Fukushima-city, par exemple, le taux de radiation à peu près partout dans la ville est, à 1 mètre du sol 10 à 20 fois supérieur au niveau naturel. Nous avons calculé que pour les habitant de ces quartiers de Fukushima-city, dans ces 12 prochains mois, s’ils ne sont pas évacués, ils vont recevoir des doses de 9 à 7000 sievert, ce qui représente un risque 7 à 9 fois supérieur au risque qui est jugé habituellement acceptable. A Fukushima-city, la radiation du sol est tellement importante que même au 5ème étage des building, on mesure à la fenêtre une augmentation de la radiation par rapport au niveau naturel.  La situation est encore plus préoccupante à Idate, nous avons fait des mesures dans une ferme où là, la personne va recevoir dans les 12 prochains mois 60 millisieverts si elle n’est pas évacuée.

Dans la pièce, ici, on mesure un taux de radiation gamma de 80 coups par seconde qui est naturel, et je vais vous montrer le taux qui est mesuré à la fenêtre de ce fermier on voit qu’on a 9000 coups par seconde. Ça veut dire qu’aujourd’hui, beaucoup de gens dans la préfecture de Fukushima, sont exposés à des taux de radiation qui sont habituellement considérés comme inacceptables et ça pose toute la question des critères d’évacuation et de l’indemnisation de ces populations si on les évacue.

Les autorités japonaises ont fixé un critère pour l’évacuation future de 20 millisievert par an, c’est un critère qui est beaucoup trop élevé puisqu’il représente un risque de cancer 20 fois supérieur à celui qui est habituellement toléré, et il faut savoir qu’en plus ces personnes ont déjà subi des dizaines et des dizaines de millisieverts, c’est à dire qu’au contraire, pour les protéger, il faudrait fixer des critères d’évacuation beaucoup plus faibles pour le futur.

Nous avons été très très émus de voir, par exemple, cette femme âgée, qui habite à Miyakoji, qui a été évacuée au début, mais qui aujourd’hui, aurait le droit de revenir sur son terrain. Cette femme a décidé de ne pas revenir sur sa ferme, parce qu’elle sait que c’est contaminé, et elle a décidé de protéger la santé de sa petite fille qui vit avec elle. Et lorsque nous lui avons montré avec le compteur Geiger la radiation de sa terre, elle a évidemment pleuré et elle nous a dit « Je suis heureuse que vous soyez venus me montrer la réalité, parce que ça va m’aider à accepter de ne pas revenir sur ma ferme. » C’est donc une famille qui a décidé de ne pas revenir sur un territoire contaminé, mais qui n’a pas de compensation pour ça, puisque le taux de radiation de son territoire est inférieur à la norme de 20 000 sievert fixée par les autorités. C’est pourquoi la démarche de Projet 47 est très importante. C’est important de montrer aux citoyens la radiation, de leur expliquer les risques, pour qu’ils puissent ensuite obtenir, des autorités, des normes de protection adaptées et des compensations lorsqu’ils doivent évacuer les territoires qui sont contaminés.

La troisième chose qui nous a beaucoup choqué, par rapport au fait que la centrale de Fukushima-Daichii n’est toujours pas dans une situation sure, elle continue à envoyer des éléments radioactifs dans l’atmosphère, pourtant le système de monitoring et de protection n’a pas été mis au bon niveau.

Par exemple pour mesurer les risques pour la santé, il faut mesurer dans l’air les Becquerel par mètre cube. Mais TEPCO nous a indiqué à leur conférence de presse qu’ils n’avaient qu’une seule machine au portail ouest de la centrale pour mesurer les Bq/m3 dans l’air. Et en plus cette machine ne fonctionne que 20 minutes chaque jour, ça veut dire que s’il y a des rejets pendant le reste de la journée, ils ne seront pas calculés par la machine. Nous avons dit à TEPCO : « Comment est-il possible qu’une petite NGO comme la CRIIRAD peut gérer 5 capteurs de ce type en France, et un industriel comme TEPCO n’a pas les moyens d’avoir un capteur. » TEPCO nous a répondu que ce n’est pas un problème d’argent, c’est un problème de personnel. Ils n’ont pas assez de personnel qualifié pour aller changer les filtres et aller faire les analyses.

Nous avons également discuté avec des représentants des affaire d’urgence à la préfecture de Fukushima. Nous leur avons demandé si des pastilles d’iode avaient été distribuées dans chaque maison, pour qu’en cas de nouvelle fuite, les gens puissent prendre ces pastilles rapidement. Et ce représentant nous a indiqué qu’il n’y avait pas eu de distribution préventive de pastilles d’iode. C’est de la responsabilité du gouvernement au niveau national.

Nous allons témoigner de toutes ces constatations cette après-midi devant des représentants du Congrès. Et hier nous avons lancé ici à Tokyo un appel aux citoyens du monde entier pour qu’ils exigent de leurs Etats, dans tous les pays qui ont des centrales nucléaires, 2 choses :

- D’abord que toutes les entreprises qui exploitent des centrales nucléaires s’engagent à effectuer des mesures de radioactivités et des mesures de doses complètes et fiables, même et surtout en cas d’accident nucléaire.

- Et deuxièmement que les Etats et les compagnies contractent des assurances au niveau financier, pour qu’en cas de catastrophe nucléaire, elles aient les moyens d’indemniser, d’évacuer, de compenser auprès des populations qui sont touchées par les contaminations radioactives.

En tant que citoyen français, je voudrais présenter des excuses aux Japonais pour l’attitude qu’a eu l’institut de radioprotection et de sureté nucléaire Français (IRSN), qui est un institut d’état. En effet cet institut a publié le 17 mars une simulation des projections des doses qu’allaient subir les enfants vivant autour de Fukushima jusqu’au 20 mars, et dans cette simulation, la dose cumulée par les enfant était inférieure au seuil d’évacuation. Ça veut dire que si c’était IRSN qui avait pris les décisions, on peut penser qu’ils n’auraient pas procédé à l’évacuation des personnes vivant dans le rayon des 20km de Fukushima. Et c’est aussi pour ça que ce qui se passe au Japon nous concerne, nous en France, et concerne en fait tous les citoyens qui vivent dans des pays dotés d’installations nucléaires.

Il faut que les citoyens puissent avoir des expertises indépendantes pour obtenir de meilleures garanties. Il est aussi extrêmement important de casser les accords entre l’agence internationale de l’énergie atomique, qui a pour objectif de promouvoir l’énergie nucléaire, et l’organisation mondiale de la santé, qui a pour objectif de protéger notre santé. Car les gens qui fixent les normes sur la santé ne doivent pas être les mêmes que ceux qui veulent promouvoir une industrie.

Merci.

34’30

Présentateur : M IWATA du projet 47, pourriez-vous présenter brièvement ce que vous comptez faire prochainement ?

34 m 45 s – 38 m 05 s

4. Intervention de Wataru IWATA
Nous allons mettre en place des stations civiles de mesure de la radioactivité. Pour commencer, une station dans la ville de Fukushima est prévue d’ici fin juin.

C’est l’équipe de protection, un des groupes de travail du Réseau de Fukushima pour protéger les enfants contre les radiations (Fukushima Network for Saving Children from Radiation) qui assurera principalement cette mise en place, avec le soutien de la CRIIRAD par leurs connaissances et conseils scientifiques et techniques. Nous allons réaliser l’acquisition de détecteurs de radioactivité dans les aliments pour la mise en
place des points de mesure de la radioactivité. Le financement de l’acquisition des matériels sera assuré par le Fonds de Fukushima pour les enfants, fondé principalement par Days Japan (NDLT :
Revue de photojournalisme. M. HIROKAWA, photographe et représentant de cette revue a également fondé le Fonds pour les enfants de Tchernobyl.)

Dans ces stations, nous comptons acquérir plus tard des « whole body counter » permettant de mesurer le niveau de contamination accumulée dans le corps des personnes. Nous voulons faire fonctionner ces stations aussi comme lieux d’informations concernant la contamination interne.

Actuellement, les matériels prévus pour ces stations sont des appareils simples, LB200 de BERTHOLD, avec scintillomètre d’iodure de sodium. Sa limite de détection étant de 20 Bq/l, nous utilisons ce modèle pour détecter une contamination radiologique élevée dans les aliments afin d’éviter leur consommation. Concernant l’équipement, nous souhaitons acquérir progressivement des détecteurs à semiconducteur germanium dans l’objectif d’établir des listes d’aliments à risque.

Après l’accident de Tchernobyl, des centres de contrôle des denrées alimentaires ont été créés notamment en Allemagne ou en Biélorussie. Nous avons pris comme exemple les listes d’aliments établies par ces centres. Par exemple, à la période de la récolte du blé en Allemagne, ils ont mesuré les blés de toutes les régions et établi une liste des résultats.
Pour choisir l’alimentation, la population s’appuie sur cette liste, et non sur les critères donnés par les autorités publiques. Pour la période de Noël, ils ont établi une liste des gâteaux et des
friandises, etc. (C’est ce que nous voudrions faire,) car désormais, on va trouver des denrées contaminées dans les produits agro-alimentaires. L’objectif de ces listes est de permettre aux gens d’acheter et de consommer les produits alimentaires en se référant à ces listes.

Comme Bruno l’a expliqué tout à l’heure, il y a très peu d’informations pour déterminer ou estimer dans quel niveau les gens sont déjà contaminés, surtout dans le département de Fukushima.

Notamment, pour les gaz radioactifs, on n’en parle pas, les données ne sont pas publiées. Pour parler de ces choses-là, Bruno va à la réunion prévue à 16h15 à la Maison de la Chambre des conseillers. Dans cette réunion, Bruno va faire une présentation devant les membres de la Chambre des conseillers qui ont étudié la question des 20 milliSieverts pour les enfants.

38 m 50 s – 39 m 15 s

5. Question journaliste n°1
M.Yabu du Tokyo Sandbox project
Vous avez parlé de la ville de Fukushima. Alors, ces dégâts critiques restent-t-ils à l’intérieur du département de Fukushima, ou bien touchent-ils une zone plus étendue, en dehors du département de Fukushima, comme Ibaraki ou Miyagi ? Je vous prie de nous expliquer cela, dans la limite de ce que l’on peut dire actuellement.

39’20-42’48

Bruno Chareyron : Par rapport à votre question, toute la difficulté, c’est de définir qu’est-ce qu’une zone contaminée, à partir de quelle quantité de millisieverts par an on va dire qu’il s’agit d’une zone contaminée. Si on fixe un critère de 1 millisievert par an, la zone contaminée est extrêmement importante puisque au sud elle va jusqu’à Hitachi, peut-être même plus au sud, nous n’avons pas fait de mesures partout. Au nord, elle dépasse également les frontières de la préfecture de Fukushima. Donc pour répondre à votre question, il faut demander la publication des cartes de dépôt de césium au sol, et demander que le niveau de résolution de ces cartes soit beaucoup plus précis.

Par exemple, sur la carte officielle publiée par les autorités japonaises, ici, vous voyez que la couleur bleue correspond à un taux de radiation inférieur à 1 microsievert/heure. Si quelqu’un habite dans une zone où il y a 1 microsievert/heure, si vous multipliez par le nombre d’heures dans une année, on peut dépasser largement 1 millisievert/an, on peut même dépasser 5, peut-être 10 millisievert/an.

Carte des mesures de la radioactivité totale de l'air, mesurée à 1 mètre du sol autour de Fukushima, le 29 Avril 2011

Donc il faut que ce type de carte qui a été faite par hélicoptère soit faite sur l’ensemble du Japon, et avec une limite basse, non pas de 1 microsievert/heure, mais en descendant jusqu’à 0.1 microsievert/heure.

43 m – 45 m


7. Question du journaliste n°2
Je m’appelle […], journaliste indépendant. J’ai deux questions. Hier, ici même, il y a eu une conférence de presse du Professeur […] une chercheuse de l’énergie nucléaire à l’Université de Michigan. Elle a dit qu’elle estimait beaucoup la recommandation de l’AIEA qui est basée sur des expériences de longues années, mais elle a dit qu’elle ne connaissait pas bien ce que dit l’ECRR, une organisation européenne, qui est critique à l’égard de l’AIEA. Quelle est votre opinion sur ces deux organisations ?
Ma deuxième question : TEPCO organise une conférence de presse tous les jours à 16h30, et hier je leur ai posé une question ; le MEXT fait les mesures un peu partout dans le Japon, mais ils mesurent à la hauteur de 20 mètres du sol; les résultats seraient dix fois plus élevés à 1 mètre du sol. A Tokyo, leur mesure montre 0.06 μSv/h dans l’atmosphère, alors qu’à Arakawa, une équipe privée a eu 0.7μSv/h, soit plus de 10 fois plus élevée. Alors je leur ai demandé qu’est-ce qu’ils pensent de ça, et ils ont répondu que c’est vrai que le système du MEXT a des problèmes parce qu’il a été fait pour mesurer les retombées des essais nucléaires, et qu’ils souhaitaient améliorer la façon de mesurer et augmenter le nombre de stations. Ils ont dit aussi qu’ils souhaitaient que les gens puissent mesurer par eux même en utilisant les appareils offerts par les pays étrangers, mais leurs réponses n’étaient pas claires. Qu’en pensez-vous. Si vous avez des conseils, je voudrais bien savoir.

45’00

Bruno Chareyron : Par rapport à la question de millisievert, il faut rappeler que pour la CIPR, il n’y a pas de seuil en-dessous duquel le risque est nul, toute dose augmente les risques. 1 millisievert a été fixé comme un risque jugé acceptable c’est-à-dire, pour 1 million de personnes exposées à 1 millisievert, un risque de décès de 50 personnes dans les années qui suivent l’exposition. Mais si les autorités japonaises ont fixé une norme de 20 millisievert, pour décider si oui ou non il faut évacuer les personnes aujourd’hui vivant sur un territoire contaminé. Une norme de 20 millisievert, ça veut dire qu’on accepte que ces populations soient soumises à un risque de décès par cancers 20 fois supérieur au risque qui d’habitude est jugé inacceptable. En plus la norme de 20 millisievert que les autorités japonaises ont fixé, ne prend en compte que l’irradiation externe par le sol. Elle ne prend pas en compte les millisievert dues à l’inhalation des poussières radioactives, qui sont sur le sol, ni aux millisievert dues à l’ingestion des aliments contaminés qui vont pousser sur ce sol.

En ce qui concerne Tokyo, Tokyo a subi des retombées tout à fait importantes, en particulier, vous le savez, le 15 mars, puisqu’à ce moment là, la concentration en césium dans l’air, par exemple, a été multipliée 1 million de fois par rapport à la concentration qui existait avant la catastrophe de Fukushima. Heureusement que les vents n’ont pas soufflé vers Tokyo pendant toute la phase critique, parce que sinon, la situation radiologique aujourd’hui à Tokyo pourrait être vraiment grave. Donc cette contamination de l’air par l’iode 131 et le césium à Tokyo a conduit à des doses par inhalation qui ne sont pas négligeables et il y a bien entendu eu un dépôt sur le sol. Ce dépôt est beaucoup plus faible qu’à Hitachi, mais il n’est pas nul. C’est pourquoi il est important de faire des contrôles sur la contamination qui s’est déposée à Tokyo. Les premières mesures que nous venons de faire hier, en voiture, montrent qu’il n’y a pas une forte radioactivité, mais que par contre, dans certains endroits, il y a probablement un léger excès de radiations, par rapport au niveau naturel. Et c’est pour cela qu’il est important de faire ces cartes, par hélicoptère à l’échelle de l’ensemble du territoire. Il faut aussi évidemment faire des mesures à pied, avec des compteurs Geiger et faire des échantillonnages de sol pour mesurer en laboratoire les Bq / m² qui sont retombés à coté.

52 m – 54 m 20 s

9. Question du journaliste n°3
Je m’appelle Iwakami d’IRJ. Je voudrais poser mes questions aux deux personnes, Mr Iwata et Mr Chareyron. Les irradiations internes et externes ont leur propre mécanisme. Il est important de mesurer les éléments radioactifs déposés sur le sol et de mesurer la dose atmosphérique, mais la dose interne, il sera désormais de plus en plus important de mesurer le niveau de radioactivité dans les aliments. Surtout les aliments transformés, puisqu’ils circuleront aussi dans les régions très éloignées de la centrale endommagée ; les habitants de la partie ouest du Japon comme Kyushu, qui n’ont pas eu de retombées radioactives, pourront très bien manger les produits transformés contaminés. Donc ce sera désormais un problème pour la population japonaise toute entière. Je voudrais demander comment est-ce qu’on pourrait gérer les aliments contaminés au niveau national ; combien d’appareils, et quel type d’appareils seront nécessaires pour le Japon ?
A Mr Chareyron, je voudrais demander, dans le cas de Tchernobyl, qu’est-ce que vous avez fait non pas seulement au niveau de la France, mais aussi dans les pays comme la Russie, la Biélorussie et l’Ukraine, et aussi dans les pays de l’est. Quels matériels vous avez installé ? Quels étaient les résultats ?

54 m 20 s-57 m 50 s

10. Réponse de Wataru IWATA
En ce qui concerne l’irradiation interne, il y a des données fournies par diverses études sur lesquelles nous pouvons nous baser. Les gouvernements biélorusse et autrichien donnent leur avis officiel selon lequel la dose par les aliments dépasse les 80% de la dose totale. On parle de 20 mSv, mais c’est seulement la radiation dans l’espace qui cause la dose externe. Il ne faut pas oublier que cette dose ne représente que 10 ou 15% de la dose totale.

C’est justement pour cela qu’on va ouvrir la première station de mesure dans la ville de Fukushima. Comme vous avez évoqué, je pense qu’il faudrait installer des stations de mesure dans toutes les régions du pays. Il paraît que la ville de Koganei a déjà commencé ce type d’analyses de la nourriture. J’ai entendu dire qu’en Allemagne ils ont créé une quarantaine de stations de mesure, et ils avaient établi des listes fondées sur des rapports d’analyse d’un même genre.

Excusez-moi, quel était le contenu de votre question déjà ? … Vous voulez dire maintenant ? … Ah, oui … Bon ce n’est peut-être pas la réponse directe, mais le 30 (mai), après l’entretien que nous avons eu avec le chef du service des urgences à la préfecture de Fukushima, nous avons demandé comment les échantillons d’aliments étaient choisis pour les analyses et comment les limitations légales à l’acheminement de produits alimentaires étaient fixées.

Alors nous avons eu la confirmation qu’ils prenaient un échantillon de chaque commune; par exemple, un épinard de la commune était soumis à une analyse, et si le résultat de cette dernière se révélait inférieur au seuil provisoire fixé, il était possible pour tous les épinards de la commune d’être acheminés vers le reste du pays. On peut savoir, même avec le niveau d’irradiation dans l’espace, que la répartition de la contamination varie tellement que selon quel bord du chemin vous vous trouvez ça peut varier du simple au double.

Donc le contrôle des mises sur le marché des produits locaux est fait d’une façon tout à fait aberrante.

C’est aussi pour éviter cette situation que j’aimerais qu’une liste soit établie des aliments analysés et que des standards soient mis en place pour que les citoyens puissent acheter ces produits en fonction des résultats. Comme type d’appareil, nous pensons à nous procurer des détecteurs à semi-conducteurs Germanium qui peuvent mesurer les contaminations inférieures à 1 becquerel, et qui peuvent identifier les éléments radioactifs.

57 m 50 s – 1 h 01 m 40 s

Bruno Chareyron :

En ce qui concerne la situation de Tchernobyl en Europe, il y a eu à la fois des contrôles effectués aux frontières évidemment par les état et puis il y a eu des contrôles effectués par des laboratoires privés, indépendants. Mais ce qui est très important comme l’a dit Monsieur Iwata, c’est que le plan de surveillance soit fait de manière pertinente, c’est-à-dire qu’il faut partir de la carte des retombées au sol pour cibler les contrôles sur les zones qui ont été les plus contaminées et il faut faire des contrôles sur les aliments qui sont le plus à risque. A la fois à risque pendant les retombées, et à la fois à risque à cause du transfert racinaire dans la durée.

Après toute la question est quelles sont les normes qui vont être fixées sur ces aliments. Le Codex Alimentarius, par exemple, qui dépend des Nations Unies, sous la pression de l’AIEA, a fixé une norme à 1000 Bq/kg en césium 137. Les autorités Japonaises ont fixé une norme qui est plus protectrice à 500 Bq/kg, mais cette norme n’est pas forcément très protectrice, parce que si l’on consomme des aliments à 500 Bq/kg toute l’année, on peut dépasser plusieurs millisieverts par an.

01 h 01 m 40 s – fin

12. Présentateur
Je pense qu’il y a encore des gens qui veulent poser des questions, mais je voudrais terminer notre
conférence de presse. Les orateurs vont rester ici encore un certain temps, vous pouvez venir à la
tribune pour les solliciter personnellement.
Bien, merci beaucoup.

Traduction : M Mashimo. Relecture: Bruno Chareyron
Conférence disponible en pdf via le site officiel de la CRIIRAD (une partie du site est spécialement dédiée à la catastrophe nucléaire de Fukushima)

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